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Une guérilla religeuse en République démocratique du Congo


//Jérémie Lebel

Divine seulement de nom, l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) poursuit son œuvre de destruction en République Démocratique du Congo (RDC) depuis déjà cinq ans. Chacun de ses passages s’accompagne de pillages, viols et multiples autres exactions perpétrées à l’égard de milliers de civils pour la plupart sans défense. Son chef, Joseph Koni, affirme agir au nom du Saint-Esprit et prétend vouloir instaurer un gouvernement d’ordre divin inspiré des Dix Commandements. On lui attribue des pouvoirs surnaturels, dont l’invisibilité et la capacité de détourner les balles. Loin d’être une fiction, la guérilla que mène actuellement les troupes armées de Koni laisse derrière elle une trainée de sang bien réelle qui déborde dorénavant des frontières du pays dans lequel elle a pourtant pris racine en 1986 : l’Ouganda.

Ancrage historique

Après la mort du dictateur Idi Amin Dada en 1979, l’Ouganda est prise d’assaut par des régimes peu soucieux des droits de l’homme et de la bonne gouvernance. En 1986, Yoweri Museveni, chef de l’Armée nationale de résistance (NRA), renverse Milton Obote, mais ne réussit pas à prendre le contrôle de l’ensemble du pays. Joseph Koni forme alors la LRA dans la foulée d’autres groupes prémillénaristes inspirés par le Mouvement du Saint-Esprit d’Alice Lakwena. Le groupe de Koni affirme défendre les intérêts des Acholis, un peuple du nord de l’Ouganda marginalisé tant sur les plans politique qu’économique.

Mais qui est Joseph Koni? Né en 1961, ce décrocheur de l’école primaire est surnommé l’ « Enseignant ». C’est ainsi que ses nombreuses épouses le surnomment. En 2006, le Guardian rencontre plusieurs de ses vingt-sept femmes, mariées de force après avoir été enlevées. Leurs témoignages dressent le portrait d’un homme charismatique violent et habitué au mensonge.

Exactions

Selon l’ONU, les forces armées de Koni ont tué, au cours de la seule année 2009, pas moins de 1200 civils en République Démocratique du Congo. Leur guérilla s’y est en effet transposée après l’intensification des contre-offensives de l’armée ougandaise contre le mouvement. Ces chiffres n’indiquent cependant pas le nombre accablant de mutilations qui sont perpétrées quotidiennement par les membres de la LRA. Les méthodes de ce groupe armé incluent également l’obligation pour les prisonniers de maltraiter leurs confrères afin de rendre plus difficile le retour à la vie normale. Selon l’IRIN (mettre le nom au complet), l’initiation des enfants soldats recrutés se termine avec un rituel leur demandant de tuer un homme, habituellement un autre enfant ayant essayé de fuir. Ce geste assure ainsi la soumission totale de la nouvelle recrue.

Idéologie

L’International Crisis Group explique que les buts du mouvement sont à la fois difficiles à identifier et politiquement irréalistes. Sa défense proclamée des droits des Acholis est contredite par les exactions qu’il n’hésite pas à perpétrer contre eux. Par son existence et par sa concentration sur les Acholis, la LRA perpétue un cycle de ressentiment et d’isolement qui ne peut mener à aucun dénouement favorable.

Récents développements

En décembre 2008, la LRA se livre à une tuerie massive baptisée depuis lors « Massacres de Noël ». Durant cette confrontation, qui se livre au cours d’une offensive militaire menée par les forces armées congolaises, plus de 500 civils congolais sont abattus à coups de machettes, de couteaux et de houes par les membres de la LRA dans plusieurs villes du nord du pays. Nonobstant ce bilan désolant, il semble toutefois que cette dernière offensive a eu un effet probant. En effet, les plus récentes informations parvenues indiquent que l’opération armée des forces nationales congolaises a entrainé d’importantes défections dans les rangs de la LRA qui semblent s’être dispersés principalement vers le sud-Soudan et la République Centrafricaine. Selon plusieurs sources avisées, les conséquences dévastatrices de l’insurrection de la LRA en sol congolais sont toutefois loin de s’atténuer car près de 1500 otages congolais sont encore aux mains de cette milice et la situation humanitaire de plusieurs milliers de locaux et déplacés demeure encore critique.

La Délégation Droits et Démocratie à l’Université Laval (DDDUL) oeuvre au sein d’un vaste réseau universitaire pancanadien dédié à la promotion du développement démocratique et des droits humains. Ses activités visent à sensibiliser le public sur des problématiques d’actualité affectant la vie de millions d’êtres humains de par le monde. À ce titre, la DDDUL organisera durant la troisième semaine du mois d’avril 2010 une soirée thématique portant sur le conflit armé qui sévit présentement en République Démocratique du Congo. L’objectif visé est d’informer la communauté universitaire sur ce conflit et son impact considérable sur la pérennité des droits humains des citoyens de ce pays, en particulier les femmes et les enfants.


(Published Thursday 25 March 2010)