par Anna Léa Scollan
C’est sur le thème de l’égalité entre les hommes et les femmes, lancé par Mme Josée Verner, que s’est donnée cette discussion sur le rôle et le droit des femmes dans le développement et les pays en reconstruction. Les trois principales participantes à cette dicussion étaient Mme Louise Arbour, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Mme Ariane Brunet, coordonnatrice du droit des femmes chez Droits et Démocraties, et Mme Nicole Saint-Martin, présidente du conseil d’administration d’OXFAM Québec. Mme Arbour a bien lancé son commentaire, en observant que « en regardant le nombre de femmes dans la salle, je suis sûre que je ne suis pas à l’Assemblée générale de l’ONU ». Elle a poursuivit en notant que les deux aspects les plus souvent abordés dans la discussion sur l’égalité de femmes sont les femmes comme victimes et comment leur trouver une place dans la gouvernance. Voulant s’écarter de ces chemins battus, Mme Arbour a souligné le rôle concret que peuvent prendre les femmes sur la scène internationale. Par exemple, elle a mentionné la récente Convention sur les disparitions forcées, qui n’aurait jamais pu voir le jour sans les femmes argentines, plus particulièrement les Mères d’enfants de la Place de Mai ; ou le dossier d’impunité au Népal, qui sévit toujours, où ce sont des femmes comme Chhaya Devi Parajuli qui font avancer les choses ; et ce sont les mères des enfants tués à Beslan, qui n’ont jamais arrêté de se battre pour savoir la vérité, qui gardent nos consciences éveillées. Elle a également discuté de Dr. Sima Samar, à la tête de la Commission indépendante des droits de l’homme en Afghanistan, qui doit constamment aller contre les seigneurs de la guerre et tout l’argent que leur rapporte la production et le trafic de la drogue, étant donc placée dans un contexte d’une complexité et d’une difficulté que plusieurs ne sauraient comment surmonter. Qu’ont ces femmes en commun ? Elles mènent un des combats les plus difficiles, celui pour la justice et d’aller contre la logique de privilégier la paix à la justice. C’est pourquoi on doit les accompagner, les épauler et les célébrer ; nous n’avons rien à leur apprendre, tout au contraire. Mme Brunet a poursuivi la discussion en abordant la place des femmes dans le processus décisionnel, et quoique nous ayons fait des progrès depuis une dizaine d’années, entre autres aux Nations Unies, nous avons pu observer tant sur la scène international, que dans les nations, des pas en arrière. Puis Mme Saint-Martin a enchaîné en abordant le fait que les femmes sont souvent maintenues dans un statut d’infériorité, notant que la violence, autant physique que psychologique, dont elles sont victimes est un symptôme du malaise que ressentent certains par rapport au droit des femmes. Elle a également souligné l’importance du travail au niveau local, comme par exemple l’introduction des micro-crédits en Inde, mais avec de grands décideurs politiques et économiques. Point sur lequel Mme Arbour signifié sa surprise au niveau de l’inertie institutionnelle quant à la promotion des droits de la femme. Soulevant également le besoin de rapatrier la question des femmes à Genève, puisque ce n’est pas seulement une question d’avancement social, mais de droits humains. La conversation a toutefois été ramenée à des questions plus concrètes, soulignant que l’accès des femmes au pouvoir économique permet à celles-ci de changer leur situation ainsi que celle de leur famille et leur permet d’accéder à des positions de pouvoir. À la fin de cette discussion, Mme Camara, ambassadrice de la Côte d’Ivoire au Canada, a, par un cri du cœur acclamé par tous présents, remis de l’avant la question de la mise en place des moyens pour mettre en place tous ces objectifs, entre autres les Objectifs du Millénaire, et les difficultés auxquelles nous faisons face. Les discussions de haut niveau ne peuvent qu’aller assez loin, et que le seul moyen de parvenir à de réelles solutions est d’écouter les populations concernées, et que « l’ONU devrait arrêter de penser pour les autres ». Mme Arbour a donc conclu sur le problème que pose l’universalité des droits dans la question de la mise en place des mesures concrète ; la dichotomie entre les droits civils et politiques et les droits économiques et sociaux, qui ne fait qu’agrandir le gap entre les sociétés qui tentent de mettre l’une ou l’autre catégorie de l’avant. Nous pouvons donc voir, avec la journée de la femme qui approche en tête, que la question des droits de femmes dans le monde en est une trop souvent oubliée, tout particulièrement dans une société comme la nôtre. Toutefois les femmes continuent d’agir dans l’ombre, et de faire avancer les choses sur le terrain. Je rappelle donc les mots de Mme Arbour ; notre rôle sera « de les accompagner, les épauler et les célébrer ».